
On est certain ici que la terre est ronde et que l'horizon en fait le tour? Il y a donc tant d'eau que ça !
Le Rayol-Canadel n'est pas le nom d'un cirque lunaire et s'il vous était jusqu'à présent inconnu, il n'est pas près de sortir de votre mémoire. Pour ces quelques raisons-là : si vous avez le temps, si vous avez le loisir de choisir votre entrée au Rayol-Canadel, alors préférez une arrivée par les hauteurs ! Empruntez la Départementale 27 à côté de l'aérodrome international de la Mole et traversez cette partie tout aussi sauvage des Maures par les Pradels qui séparent la vallée du littoral?
La route fait une petite douzaine de kilomètres. Elle est sauvage et peu fréquentée, seulement par des cyclotouristes que la pente n'a pas rebutés. C'est une alternance de vallées touffues, de maquis épais et de pitons abrupts aux nuances kaki. Le tracé perce en contours cette forêt domaniale des Maures et enjambe parfois des ponts de pierres plates aux arches particulières.
Leur courbe n'est pas du tout large et ample comme si c'était un fleuve ou une rivière qui passait en dessous mais très menue pour laisser passer un filet d'eau, rare dans ces contrées mais qui peut gonfler et surprendre en cas de pluies violentes et soudaines.
Au loin, la colline est dénudée et tente de recoller ses morceaux par un reboisement permanent. De chaque côté de la route étroite, les bois gardent leurs blessures noires des terribles incendies passés. Au pied des chênes-lièges, des petites fleurs jaunes sortent de la mousse hivernale, ce sont des cytises qui jaillissent à côté des cistes mauves, cotonneux et très doux.
Des acacias d'Australie et du lin de Nouvelle-Zélande !
Puis soudain, alors que l'humeur bucolique s'attarde encore sur quelques genêts, alors qu'on se croyait encore cerné par les résineux verts, apparaît en version panoramique, presque en cinémascope, l'un des décors naturels les plus spectaculaires de la côte varoise : l'immensité bleue de la mer Méditerranée qui fait brusquement irruption dans votre champ de vision. 180° de bleu divin ! Du bleu à ne pas savoir qu'en faire ! Du bleu à vous couper le souffle ! Du bleu sur lequel on aurait délicatement déposé quelques joyaux en forme d'îles ! A gauche, le Cap Lardier semble confondu ! En face, ces bouts de terre lascive languissent de vous attendre. A droite, les vagues viennent se briser sur la plage de Pramousquier et la falaise abrupte du Cap Nègre. Dans le lointain, le tombolo rejoint Hyères à la presqu'île de Giens? Arrêtons-nous un peu, voulez-vous? Ce n'est pas fréquent des cadeaux naturels comme cela ! Comment s'appelle le metteur en scène, déjà ?
La route étroite vous laisse atterrir en douceur presque au niveau "0" mais vous n'êtes pas encore au bout de vos émotions ! On les appelle "les jardins Méditerranéens du domaine du Rayol" et leur histoire est plutôt jolie. Elle commence en 1910. Il y est question d'un homme d'affaire parisien, d'une demeure dans le style Art Nouveau et d'un jardin d'agrément, puis du célèbre constructeur aéronautique Henri Potez et de soirées exceptionnelles?
La brochure vous en dira davantage ! C'est aujourd'hui une sorte d'exposition naturelle et permanente à ciel ouvert. Car le Conservatoire du Littoral, maintenant propriétaire, a chargé le paysagiste Gilles Clément de concevoir et d'effectuer la restauration des lieux : cinq hectares de plantes et d'essences végétales caractéristiques des régions du monde au climat méditerranéen ! Des caroubiers de Méditerranée aux acacias d'Australie, des strelitzia d'Afrique australe aux agaves du Mexique, des bambous d'Asie au lin de Nouvelle-Zélande jusqu'au palmier du Chili dans un site sublime !
Une visite guidée s'impose. Celle-ci peut se poursuivre dans l'eau (en été) si vous souhaitez étendre vos connaissances à la faune et à la flore marines de Méditerranée.